Rebirth avec Johanne (partie 2)

 

Me voilà à l’intérieur de la maison paternelle. J’ai 13 ou 14 ans. Toutes les émotions que j’y ai déjà vécues se bousculent dans ma tête et dans mon cœur. Mon subconscient projette des émotions que j’avais effacées de ma mémoire.

Des souvenirs flous

 

Pendant l’expérience de mon rebirth, j’ai une soixantaine d’années. Je garde ma pleine conscience. Je porte à l’intérieur de moi chacune des années de mon enfance jusqu’à mes dix-huit ans lorsque j’ai quitté la maison paternelle. Mes souvenirs se bousculent. Tantôt je les vois très clairement et tantôt je les distingue à peine, mais je vis intensément les émotions qui se rattachent à chaque souvenir, que j’en aie souvenance ou pas. Je n’ai aucun souvenir de ma première dizaine d’années de vie, mais je suis convaincu que j’en ressens tout de même les émotions qui s’y rattachent.

 

L’intérieur de la maison

 

 La grande cuisine se dessine à ma gauche. Le poêle au gaz est resté la première chose à voir à gauche sur le bord de la porte. Il me rappelle le maudit boudin que je devais avaler tous les vendredis. Vendredi maigre disait la religion. Si tu ne manges pas le boudin, c’est que t’as pas fin disait Simonne.  Je pilais mes patates dans mon assiette, je mêlais le boudin dedans et j’arrosais le tout avec du ketchup Ailmer. Une recette qui me permettait d’avaler le tout.

Un peu plus loin, après la fenêtre qui donne sur la cour, je remarque le meuble du moulin à coudre Singer. Un moulin à coudre à pédale dont le couvert reste toujours ouvert afin de servir de petite table. Je me vois assis entre la tablette du moulin à coudre et le comptoir de cuisine qui supporte le grille-pain. C’est l’endroit qui me servira de table plus tard lorsque j’aurai le droit de sortir. En revenant de veiller, j’y mangerai souvent des toasts au jambon généreusement tartiné de moutarde. Je goûte presque l’arome du jambon que j’aimais tant. C’était aussi la place de l’épicier Demers quand il venait prendre la commande pour en faire la livraison dans la semaine suivante.

La cuisine

 

Le comptoir se poursuit toute la largeur de la pièce. Dans son centre, je vois la petite fenêtre, au-dessus de l’évier, qui permet à ma sœur Diane de surveiller son Claude adoré qui demeure juste à côté de chez nous. Ce Claude qu’elle épousera plus tard et qu’elle perdra à ses 33 ans dans un accident d’auto. Simonne, la femme de papa se sert également de cette fenêtre pour me surveiller quand je quitte pour l’école. Elle ne le saura jamais, mais j’enlève mon béret seulement une fois tourné le coin de la rue Berlinguet. Je suis jeune et ratoureux.

Il y a un vide entre le bout du comptoir et le réfrigérateur qui referme la cuisine. Je ne vois aucune garniture dans ce grand vide, peut-être parce que le vieux réfrigérateur de marque frigidaire muni d’une grosse poignée à bascule capte toute mon attention.

 

Le meuble le plus important de la maison

 

Devant moi, à quelques pieds de la porte d’entrée, se tient un fauteuil berçant qui délimite la cuisine de la salle à manger. Ce lazyboy berçant est celui du maitre de la maison. Le roi et maitre en tout temps et en toutes occasions. Je n’ai de toute ma vie, jamais vu personne autre que Rodrigue trôner sur ce fauteuil. Papa y contrôle la salle à manger dans toute sa grandeur en plus du grand passage que je vois devant moi et qui se trouve sur sa gauche. Au-delà de ce grand corridor se trouve la porte d’entrée avant dont jamais un enfant de la maison n’en a effleuré la poignée. Une porte pour la visite uniquement. Papa sera échevin pendant une douzaine d’années et il recevra son monde municipal par cette ouverture. Les gens passeront au salon qui se situe derrière la première porte à gauche en entrant. Une pièce qui était réservée aux visiteurs seulement. La chambre des maitres et le salon se font face de chaque côté du grand passage et ils sont interdits aux enfants de la maison.    

 Les enfants qui veulent écouter la télé noir et blanc ont papa dans leur dos. Pas de gaffe à faire. Je vois ma sœur Diane, 17 ou 18 ans, embrasser Claude du bout des lèvres pendant une partie du Canadien en noir et blanc. Le couple se rappelle vite à l’ordre lorsque Rodrigue les gronde. Pas de lichage avant le mariage leur lançait Papa.

Une panoplie d’émotions

 

Depuis mon entrée dans la maison, je suis resté sur le seuil de la porte. Je me suis contenté de visionner la vie qui s’activait dans ce lieu de mon enfance. À ce stade, mes émotions sont variées. Un petit sourire en coin lorsque je me vois manger mes toasts au jambon, une petite fierté en revoyant Simonne surveiller mon béret, une indifférence en regardant le long corridor qui mène à la porte avant. Le fauteuil de papa lui, m’incommode, j’évite de m’y attarder. J’ai toujours pensé que ce meuble me surveillait quand Papa n’était pas là. Je n’ai cependant vue aucun souvenir en bas de mes douze ans, beaucoup d’émotions inconnues, mais aucun souvenir palpable.

Je ne suis pas à l’aise. Je me sens comme si j’avais gardé mon manteau, prêt à quitter en cas d’urgence. La chaleur m’indispose, si cela ne tenait qu’à moi, je sortirais.

Johanne continue à me poser des questions et je consens à y répondre.

 

Robert (Suite la semaine prochaine)

 

 

 

 

3 Réponses à “Rebirth avec Johanne ( partie 2 )”

  1. sylvie chevalier

    Bien hâte de connaitre la suite toujours aussi agréable de pouvoir vivre cela à travers tes écritures.

    Répondre

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